Mis à jour le 30 août 2026
Le sujet revient régulièrement dans le débat public depuis plusieurs années. Cette fois, l'hypothèse semble cependant prendre davantage de consistance : dans le cadre de la préparation du budget 2027, le Gouvernement étudie à nouveau la possibilité de ne plus revaloriser certaines pensions de retraite au même rythme que l'inflation.
À ce stade, rien n'est définitivement décidé. Mais plusieurs membres du Gouvernement se sont récemment exprimés en faveur d'une évolution des règles actuelles et le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a confirmé fin août que la désindexation des pensions les plus élevées faisait partie des pistes étudiées.
Comment les retraites sont-elles indexées aujourd'hui ?
En principe, les pensions de retraite de base sont revalorisées chaque année en fonction de l'évolution des prix à la consommation hors tabac. L'objectif est simple : éviter que l'inflation ne réduise progressivement le pouvoir d'achat des retraités.
Ainsi, au 1er janvier 2026, les pensions de retraite de base ont été revalorisées de 0,9 %, conformément à la règle légale d'indexation.
Une « désindexation » ne signifie donc pas nécessairement une baisse du montant de la pension versée. Il peut s'agir d'un gel, c'est-à-dire d'une absence totale de revalorisation, ou d'une sous-indexation, lorsque la pension augmente moins vite que les prix.
Par exemple, avec une inflation de 2 %, une pension de 2 000 € qui serait intégralement indexée progresserait théoriquement de 40 € par mois. Si elle était gelée, son montant resterait à 2 000 € : elle ne diminuerait pas en euros, mais son pouvoir d'achat reculerait.
Pourquoi cette question revient-elle aujourd'hui ?
La raison est essentiellement financière et démographique.
Selon les dernières projections du Conseil d'orientation des retraites (COR), le système de retraite français est entré dans une période durable de déficit. Le COR estime ainsi le besoin de financement du système à environ 5 milliards d'euros en 2026, avec des déficits appelés à persister à long terme.
La démographie joue évidemment un rôle déterminant : le nombre de retraités augmente alors que la progression du nombre d'actifs est beaucoup plus limitée. Les nouvelles hypothèses démographiques utilisées par le COR intègrent notamment une fécondité de seulement 1,45 enfant par femme à partir de 2028.
Dans ce contexte, limiter la progression des pensions constitue pour les pouvoirs publics un levier d'économie très important. Le Comité de suivi des retraites recommande d'ailleurs de sous-indexer les pensions d'au moins 2 points cumulés entre 2027 et 2030 afin de contribuer au redressement financier du système.
Les petites retraites devraient être préservées
C'est l'une des orientations qui semblent se dessiner à ce stade.
Le Gouvernement ne paraît plus privilégier un gel uniforme de toutes les pensions, comme cela avait pu être envisagé précédemment. L'hypothèse actuellement étudiée serait plutôt celle d'une mesure ciblée sur les retraités disposant des pensions les plus importantes.
Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a ainsi évoqué une « indexation plus modérée » pour les retraités les plus aisés. De son côté, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a appelé fin août à remettre en question le principe d'une indexation systématique des retraites, tout en confirmant que le minimum vieillesse (Aspa) resterait, lui, indexé sur l'inflation.
Le Premier ministre a également indiqué que les « petites retraites » seraient préservées.
Reste une question essentielle : à partir de quel niveau de pension un retraité serait-il considéré comme suffisamment aisé pour être concerné ? Aucun seuil officiel n'est aujourd'hui arrêté. Plusieurs montants circulent dans le débat public, mais ils ne constituent à ce jour ni une décision gouvernementale ni une disposition législative.
Rien n'est encore acquis
Il convient donc de rester prudent. Le projet de budget pour 2027 doit être présenté à la fin du mois de septembre avant d'être discuté au Parlement. Les modalités d'une éventuelle désindexation pourront encore évoluer, et son adoption est loin d'être garantie dans le contexte politique actuel.
Il faudra également distinguer les régimes de retraite de base des régimes complémentaires. Pour les salariés du privé, par exemple, la revalorisation de la retraite complémentaire Agirc-Arrco relève des partenaires sociaux et de règles de pilotage propres au régime.
Une chose paraît néanmoins acquise : avec le vieillissement de la population et la dégradation des comptes sociaux, la question de l'évolution du niveau des pensions est désormais installée durablement au cœur du débat sur le financement de notre système de retraite.
Les prochains arbitrages budgétaires permettront de savoir si la désindexation restera une piste de travail ou deviendra effectivement l'une des mesures importantes du budget 2027.