La banque centrale prépare la normalisation de sa politique monétaire. Son défi : comment communiquer une fois que la première hausse des taux aura eu lieu.

Alors que la Banque centrale européenne (BCE) devrait mettre fin à son programme anti-déflation dans quelques mois, deux voix influentes de l’institution commencent à préparer les esprits au « retour à la normale ». Benoît Coeuré et Peter Praet, tous deux membres du directoire, respectivement en charge des Marchés et de la Macroéconomie, se sont exprimés à quelques jours d’intervalle pour évoquer la politique monétaire après la première hausse des taux.

Première hausse des taux

L’institution présidée par Mario Draghi a jusqu’ici donné les indices suivants : le « QE » – le programme d’achats d’actifs – devrait s’arrêter le 31 décembre, la BCE continuera ensuite de racheter les titres qui arrivent à échéance pour que son bilan ne varie pas, et enfin, les taux resteront à leurs niveaux actuels au moins jusqu’à la fin de l’été 2019. Les marchés s’attendent donc à un premier relèvement du loyer de l’argent en fin d’année prochaine.

« Notre communication sur les ajustements monétaires après la première hausse des taux directeurs va devenir de plus en plus importante », a souligné Peter Praet, lors d’un discours prononcé jeudi soir. L’économiste a aussi insisté sur le fait que l’inflation continuerait de s’approcher de l’objectif cible de la BCE même après la fin des achats nets de titres. « Il semble encore plus confiant que ne l’était Mario Draghi lors de la réunion de septembre, au sujet de l’inflation », relève Frederik Ducrozet, chez Pictet.

Son discours faisait écho à celui de Benoît Coeuré, qui a évoqué la nécessité d’une communication plus claire sur le rythme de hausses des taux, une fois que le premier tour de vis aurait eu lieu. Le Français propose de rompre avec ce qui se faisait avant la crise, du temps de Jean-Claude Trichet : la BCE signalait les futurs relèvements un ou deux mois avant.

Politique monétaire prévisible

Pour Benoît Coeuré, il serait plus pertinent d’indiquer quelles données économiques sont prises en compte par la banque centrale pour décider de monter ses taux. Le spécialiste des marchés estime cependant qu’il ne faut pas se lier à un chiffre précis. « Il faut améliorer le caractère prévisible de notre politique, sans tomber dans le piège inhérent à une communication chiffrée ».

L’année 2019 sera d’autant plus compliquée en matière de communication que  le trio « Draghi-Praet-Coeuré » sera remplacé . Le départ des hommes clefs de la BCE – ceux qui ont véritablement façonné la stratégie pour sortir de la crise financière – créera de l’incertitude. « La fin du’Draghi put'[l’engagement oral de Draghi à soutenir le marché, NDLR] est plus inquiétante encore que la fin du QE », assure un intervenant de marché.

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